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Andre Salmon

Nous nous sommes enrichis de tant de vérités, de tant de certitudes plastiques que nous n’avons plus rien à redouter du piège littéraire. La littérature en peinture ! ... Qui faisait pousser de si beaux cris, lors des Salons d’hier, quand, par exemple, M. Lambert donnait un peu trop « d’expression » à ses chats.

En ce temps-là, Mine Berthe Morizot était un tendre second peintre du premier ordre et, pour qu’en rie le vingtième siècle, c’était Mme Rosa Bonheur qui faisait de la littérature.

Aujourd’hui, après tout ce qui nous a été livré, de Picasso à Max Jacob et Apollinaire aquarellistes, de Rousseau à Marie Laurencin, de Derain à Pascin, de Léger à Chagall, à Lurçat, les peintres solidement fondés en plastique formelle, n’ayant plus à fuir aucune littérature, peuvent s’abandonner joyeusement à la radieuse Poésie.

La est peut-être le secret de l’accession de tant de femmes a la fortune picturale En d’autres jours, elles eussent été poètes. Mais, peintre du vingtième siècle, la chère Marceline eût beaucoup moins pleuré

On ne peut considérer les ouvrages de Mme Rij-Rousseau — ces oeuvres diaprées qui furent si longtemps- présentées avec tant de timidité — sans se sentir tout aussitôt tout investi de poésie. Que les poètes de la dernière heure y daignent songer: personne n’a plus modestement, avec plus de tendre application travaillé à pénétrer les secrets de la forme que ce peintre qui va leur apparaître comme tout abandonné à l’inspiration surréaliste. Car — -n’est-ce pas? — à tant s’éblouir de surréalisme peut-être faudra-t-il- en revenir honnêtement à .cette chaste antiquité, l’inspiration.

Au Salon des Tuileries, les placeurs les plus huppés j veux dire ceux dont la huppe est blanchissante, s’effrayaient des couleurs de Mme Rij-Rousseau. Comme si ces couleurs devaient bouter le feu à l’ambitieux Palais de Bois. Mieux informés, plus sensibles aux tourments de mes amis, ils eussent aussi  bien pu redouter que les hardiesses de son dessin fissent craquer les p1anches.

Aux toiles appréciées de quelques amateurs depuis plusieurs années, Mme Rij-Rousseau joint aujourd’hui des tapisseries. C’est beaucoup plus que des ouvrages de dame. Du premier coup, une vraie artiste touche à la maîtrise artisane. Beaux, autant que des tapis d’Orient, ses tapis sont chacun une féerie occidentale. Ils ont les richesses durables de nos Aubussons.

Si Mme Rij Rousseau connut le doute, l’inquiétude, qu’elle se persuade que ce magistral essai décoratif la confirme en sa vertu de peintre. Ses tapisseries étant de libres traductions de ses toiles, c’est ici, une fois de plus dans la réussite, l’art majeur qui commande.

Composition... Surréalisme... Inspiration... Poésie !... Mme Rij-Rousseau est certainement une inspirée.

ANDRE SALMON,

4 décembre 1924.

Source: Préfaces de André Salmon et de Berthe Dangennes dans : Rij Rousseau. Exposition de tableau, tapis haute lisse, tapisseries haute lisse. Galerie T.Carmine, 51 Rue des Seine, Paris. 16.-31.12.1924.

Mme Rij-Rousseau, ainsi que le disait le regretté Apollinaire, est une chercheuse, c’est-à-dire une artiste, que son âme, éprise de beauté intégrale a conduite, par des chemins parfois abruptes, vers des réalisations, dont chacune représente une évolution vers l’idéal qui la hante.

Elle fut une impressionniste très appréciée, puis, se refusant à marcher dans l’empreinte des pas de ses devanciers, elle se tailla elle-même une route, dont chaque degré l’approchait de l’art qu’elle a fait sien.

Mais qu’elle effleure le cubisme ou qu’elle nous offre, comme à présent, la vie, exprimée, avec ce qu’elle comporte de saisissante humanité, nous retrouvons dans toutes ses compositions les mêmes qualités de dessein, à la fois sobre, large, ferme et particulièrement vigoureux.

Dans les toiles de Mme Rij-Rousseau nous trouvons la science des volumes, le rapport, souvent imprévu mais toujours parfaitement harmonieux, des valeurs, ainsi qu’une somptuosité de couleur, dont l’orchestration savamment réglée s’éclaire de vibrations lumineuses, intensifiant singulièrement le rythme du mouvement et de la vie; et ceci avec une maîtrise, où la personnalité très marquée se greffe, même dans ce qui semble toucher à la fantaisie, d’une sévère et constante discipline artistique.

Ces mêmes qualités se retrouvent dans les tapis de haute lisse, point noué d’Aubusson, qui sont une véritable création de Mme Rij-Rousseau.

Dans ces tapis, reproduisant quelques-unes des toiles de l’artiste, merveilles d’art patient et sûr, où tous les coups de pinceau sont fidèlement reproduits, nous trouvons une profondeur, un velouté et une splendeur de coloris, dotant les teintes plates de la peinture de vibrations nouvelles et inattendues.

Deux tapisseries au point noué d’Aubusson, dont l’une représente un des derniers succès de Mme Rij-Rousseau « les boxeurs », complètent cette collection, unique jusqu’ici, et, avec Apollinaire nous répéterons : Mme Rij-Rousseau est une chercheuse, mais une chercheuse qui sait trouver.

BERTHE DANGENNES.

 

Source: Préfaces de André Salmon et de Berthe Dangennes dans : Rij Rousseau. Exposition de tableau, tapis haute lisse, tapisseries haute lisse. Galerie T.Carmine, 51 Rue des Seine, Paris. 16.-31.12.1924

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